Greg et Robin se sont donné pour but de rallier l’Afrique du Sud depuis la Belgique pour un dernier grand voyage à bord de leur vieille Volvo 240 GL. Après une traversée plus ou moins sûre de l’Afrique du Nord, le danger devient vraiment palpable au Nigéria. L’arrivée vers leur destination finale paraît de plus en plus incertaine.
Avant que Robin et Greg n’entreprennent leur périple africain avec leur Volvo 240 GL, le Nigéria a été en proie à des affrontements violents, à des attentats, à des enlèvements et autres troubles politiques. «C’est pour cela que nous voulions nous faire confirmer notre itinéraire au Bénin et voyager avec une escorte. L’agent d’immigration nigérian nous déconseille de suivre l’itinéraire prévu au motif d’une situation politique très tendue dans le pays.» Mais Robin et Greg ne se laissent pas détourner de leurs plans. Et ce, alors même que la monnaie locale a été dépréciée avant les élections et que tout le pays est en pénurie d’essence. Autant de facteurs qui ne font qu’attiser la frustration de la population.
Plus de 300 contrôles de police
«Nous quittons Cotonou à cinq heures du matin, accompagnés d’un guide local, en direction de la ville de Lagos. L’entrée au Nigéria se passe encore sans heurts. Mais dès les premiers kilomètres, la tension est palpable: la violence se lit sur les visages. Pour la première fois depuis notre arrivée en Afrique, nous subissons personnellement les conséquences des troubles dans le pays. Durant les trois jours passés au Nigéria, nous aurons été contrôlés plus de 300 fois par la police. Certains sont plutôt cordiaux, d’autres moins. Ces contrôles ont parfois lieu à seulement quelques mètres d’intervalle. L’embrayage de Lovlov est mis à rude épreuve par les arrêts et redémarrages incessants», note Robin dans son carnet de voyage.
«Dépêchez-vous! Dépêchez-vous!»
«Nous atteignons enfin Lagos. Dans les rues, les gens portent la violence en eux; des regards hostiles se braquent sur nous.» Greg et Robin doivent à leur accompagnateur local de ne pas se faire agresser. Le guide parvient même à trouver de l’essence pour poursuivre le voyage. Malgré leur résolution de ne jamais rouler de nuit, leur guide les pousse à avancer le plus vite possible. «Il ne faut pas longtemps pour que nous tombions sur un poste de contrôle militaire. Les soldats nous avertissent qu’il s’agit de la région la plus dangereuse du pays, où les enlèvements, les demandes de rançons et les agressions sont à l’ordre du jour.»
Il s’avère difficile de trouver un endroit où dormir au milieu de la nuit. L’ambiance est très tendue! «Nous remarquons que notre guide est mal à l’aise depuis l’entretien avec les militaires et que la relation de confiance qui s’était établie entre nous est ébranlée. Il est manifestement apeuré et n’arrête pas de répéter ‹Dépêchez-vous, dépêchez-vous!›. Soulagés, nous finissons par trouver un hôtel avec parking sécurisé.» C’est là que le guide leur avoue avoir craint le pire pendant le trajet. Leurs chemins se séparent le lendemain.
Contrôles et problèmes de devise
«Nous poursuivons le voyage sans notre guide et continuons en direction de l’est. Cette journée au volant de Lovlov est elle aussi placée sous le signe d’innombrables contrôles de toutes sortes.» Mais plus que ces contrôles incessants, c’est leur situation financière qui préoccupe les deux amis. Pas seulement parce que leur caisse de voyage se vide plus vite que prévu, mais aussi parce que les devises diffèrent d’une région à l’autre et qu’ils n’ont jamais la bonne. «Nous continuons, confiants en nos chances de trouver une solution pour dénicher un logement et passer les contrôles.»
Après treize heures de route, ils s’arrêtent dans un petit hôtel sans avoir la monnaie appropriée. Après force négociations, ils obtiennent le droit de rester. «Il nous faut certes payer le double et laisser quelques objets supplémentaires en cadeau, comme des lunettes de soleil, des porte-clés et des bonnets, mais nous pouvons au moins nous reposer un peu.»
Le plan d’urgence
«Le troisième jour au Nigéria se trouve être le jour de l’élection. Personne n’est autorisé à circuler dans tout le pays. Nous décidons de tenter quand même notre chance et quittons la ville de Banyo à six heures du matin. Le GPS indique trois cents kilomètres et douze heures de trajet. Nous sommes conscients que la partie ne va pas être facile.»
Greg et Robin sont convenus qu’en cas de force majeure lors d’un contrôle, Greg simulerait une crise d’appendicite. Robin: «Mon rôle était de mener les négociations et de déployer mes soi-disant connaissances médicales pour pouvoir vite repartir. J’ai dû expliquer les symptômes à Greg et lui ai dit comment se comporter».
25 soldats en armes
Alors que des soldats entourent le véhicule lors d’un contrôle, Greg et Robin doivent mettre le plan d’urgence en application. Greg simule sa crise d’appendicite et Robin commence à négocier. «Les regards accusateurs de 25 soldats en armes nous intimident. Un haut gradé se présente et veut vérifier lui-même nos papiers. Il ordonne une fouille de la voiture, inspecte notre glacière, nos valises et nos sacs d’équipement, sans toutefois soulever d’objections.» Contre toute attente et malgré l’interdiction générale de voyager, le duo obtient un laissez-passer les autorisant à quitter le Nigéria. Greg et Robin sont soulagés d’un poids. Mais ils ne sont pas encore tirés d’affaire.
«La dernière partie du trajet, qui traverse les montagnes, nous est apparue difficile dès le départ, mais c’est la seule voie de circulation possible. Il se trouve que nous passons l’obstacle sans problème – bravo, Lovlov! Les paysages nous laissent sans voix, un nouveau régal pour les yeux.»
Cameroun
La pression des derniers jours retombe progressivement. Les pistes cahoteuses les mènent, à travers des paysages impressionnants, jusqu’à un village où ils reçoivent un accueil chaleureux. Malheureusement, Greg et Robin ne peuvent pas rester longtemps, car le réservoir fuit et ils ne cessent de perdre du carburant.
Dans la capitale Yaoundé, Greg et Robin trouvent un garage où faire colmater la fuite. Mais les réparations ne s’arrêtent pas là. «Lovlov bénéficie d’une révision complète et quitte le garage comme neuve. Ces réparations nous permettent de rester plus longtemps sur place et de profiter de quelques jours sur la côte.»
Congo
La saison des pluies rendant les routes gabonaises impraticables, Greg et Robin modifient leur itinéraire et roulent directement vers le Congo. «Alors que nous nous attendons de nouveau à des pistes catastrophiques, nous tombons soudain sur une immense autoroute en parfait état menant à Pointe Noire, sur la côte congolaise, où nous passons la nuit.»
La traversée du Congo permet à Greg et Robin de visiter la latitude 0.0.0. Mais à la place d’un monument, les deux Belges ne trouvent, à leur grande déception, qu’un giratoire. «Hormis un homme surpris de nous voir photographier l’endroit, nous ne rencontrons pas de touristes.»
La porte du président
«Le lendemain, alors que nous nous arrêtons au bord de la route pour vérifier le radiateur, une voiture de livraison déboule et ‹fauche› la porte de Lovlov restée ouverte. Vu l’état de la porte, nous craignons de coûteuses réparations, mais nous constatons qu’elle s’ouvre à présent à 180° et que nous pouvons également la fermer. Nous ne pouvons pas nous empêcher de rire et baptisons la porte ‹porte du président›, car nous disposons maintenant de plus de place pour entrer et sortir de l’habitacle.»
Étant donné que le radiateur de Lovlov surchauffe à nouveau, ils s’arrêtent à un petit hôtel, où se trouve également un mécanicien. «Il ne lui faut que quelques minutes pour constater un trou dans la durite menant du moteur à l’habitacle, qui alimente le chauffage. Nous rafistolons la durite grâce à un bricolage de fortune.»
Rendez-vous au prochain épisode pour la suite des aventures de Greg et Robin.
Retrouvez les autres articles Last Ride:
● Le dernier voyage d’une Volvo 240 GL, de Belgique en Afrique du Sud.
● De la Mauritanie au Togo en Volvo 240.
● La Volvo 240 GL arrivera-t-elle à destination?
Le livre Last Ride paru en français compte 208 pages et 17 photos, et peut être commandé ici.











